Les orques n'ont pas de rides


Editions du Murmure,
coll. Eros·e·s, 2026
Lorsqu’une ancienne championne de plongeon, recluse chez elle depuis des années, est choisie pour bénéficier d’un programme de remise en forme, peut-elle vraiment refuser ? Même si elle n’en a pas envie, même si cela l’effraye, Joséphine accepte. Elle emporte avec elle le souvenir de son agression et s’installe sur cette île paradisiaque où laboratoires et attractions maritimes se côtoient. Le corps de Joséphine évolue mais ce n’est pas la puissance de sa jeunesse qu’elle retrouve : c’est un corps qui s’amincit, qui s’efface. Plus Joséphine devient désirable, plus elle s’affaiblit, à moins qu’il ne s’agisse de l’inverse. Gagnée par l’engouement collectif pour le spectacle d’Orcaland, Joséphine peine à voir l’horreur qui se joue en coulisses. Que se cache-t-il vraiment derrière l’attraction phare de ce delphinarium ?
À travers les nombreux faux pas que commet Joséphine sur cette île labyrinthique, ce conte interroge les injonctions féminines et sociales qu’il est difficile de combattre quand celles-ci revêtent des formes si contradictoires.
Disponible en librairie à partir du 16 octobre.
Extrait
Joséphine tâtonne tout autour d’elle, le siège et entre les sièges. Elle vérifie le vide poche, elle se contorsionne pour regarder sous les fauteuils. Ne rien oublier. Le corps de Joséphine se prolonge dans tous ces objets qu’elle traîne partout avec elle. Tout cet échantillonnage de sa maison qu’elle trimballe, c’est une intimité supplémentaire, une surcharge fonctionnelle. Sans ces fragments, ces accessoires, Joséphine ne se sent pas complète, comme s’il lui fallait suppléer son corps, combler cette chair à laquelle il ne manque rien mais qu’il faut tantôt cacher, tantôt exhiber ; parce qu’il faut tout prévoir, le nez qui coule, le sang qui tâche, la mauvaise haleine qui repousse, les preuves d’identité à donner, le maquillage qui redessine, le miroir qui rassure, le paracétamol-spafon pour rester souriante, les clés avec lesquelles on s’enferme et l’argent, en liquide et en carte, au cas où.
Hors de sa maison, Joséphine n’est jamais chez elle, c’est évident et c’est embêtant de n’être à sa place qu’entre quatre murs.
